Jeux de mains (La robe mémorielle 11)

  « L’art est, comme la prière, une main tendue dansl’obscurité, qui veut saisir une part de grâce pour se muer en une main qui donne« . (Kafka)
 

Des doigts, deux mains forment un coeur, j’ai évidé celui- ci, j’ai cousu en appliqué-inversé un morceau d’un vieux jean de ma fille, car il me semblait qu’au fond, elle était moins présente que, par exemple ma maman dont il me restait beaucoup de souvenirs ou » reliques » et que je couvrais de dahlias.

Ce dessin (trouvé je ne sais plus où sur la Toile qui porte bien son nom!) est brodé au point de tige, il couvre le dos du corsage. J’ai brodé ensuite le coeur en jean lui-même, mumurant  en confidence, que l’amour parfois s’exprime maladroitement, mais il est là, il suffit de le faire sourdre comme l’eau jaillissante et essentielle. D’ailleurs, c’est le coeur qui guide la main, cette broderie est l’illustration de ce que nous ne devrions cesser d’oublier.

Cette 2° photo, prise de trop près, n’est guère lisible; c’est tant mieux, c’est un message d’amour entre ma fille qui s’en va 6 mois très loin de moi, et très loin même de la France et de ses racines familiales… 

La jupe a du « fond » , vaste surface à couvrir de texte, donc, à bientôt pour la suite de cette aventure textile…

NB:.Dans l’article précédent( la robe mémorielle 10) je parlais de « nier la mort », donc d’arrêter le temps, je vous propose cette citation: »Aujourd’hui, broder, c’est s’offrir le luxe du temps, gagné sur les transports, dérobé à la vie familiale, récupéré sur la télévision, détourné d’autres activités. La broderie requiert de la lenteur, un déroulement qui ne peut s’accélérer ou se compresser comme l’impose notre époque.  Chaque petit point est une fraction d’éternité. Offrir une broderie que l’on a faite de ses mains, c’est donner un peu de soi, mais aussi quelque chose de totalement immatériel et d’infiniment précieux : son temps ». (broderiepassion.free.fr)

L’article précédent, pour des raisons techniques trop longues à expliquer, se retrouve au 26 janvier(pour celles qui voudraient lire les commentaires ou leurs réponses)

Habit/habité

La robe mémorielle 9:

« Objets inanimés, avez -vous donc une âme? »

Sur la photo dessous, vous noterez les volants; ils sont coupés dans une « combinaison » (ou robe de dessous)de ma maman; dans les années 50, aucune femme ne serait sortie sans cette soyeuse doublure volantée; mais celle-ci était très belle; sur le côtés de la robe, j’ai appliqué des tulipes de dentelle bleu pâle qui viennent d’une autre combinaison.

Nous sommes à mi-parcours, le devant dela robe est terminé, plus homogène que ne le sera le dos, couvert de dahlias  afin d’illustrer  l’inscription de devant: « reine des dahlias ».

Il est temps d’écrire noir sur blanc, l’évidence: les habits sont habités! Ces deux mots ne sont pas par hasard, de même étymologie. Ils sont empreints de sueur, de sang parfois, de parfum, de la mémoire des gestes, de nos façons de nous mouvoir . Il n’est pas sans conséquence d’endosser  l’habit d’un autre; cette robe n’est pas une pièce de musée, juste belle, elle est vivante et liée à une histoire, cette histoire continue de s’écrire d’où l’absence de crainte d’y mettre ma patte; je ne suis qu’une des actrices de cette narration, la porte-plume, mais  ma vie y est inscrite, j’en suis l’auteur, le metteur en scène et l’acteur (trice).  Ainsi que la décoratrice et l’habilleuse (en partie…)Aussi, bien sûr, Lamartine avait-il  raison de poser la question (dont il sous-entendait la réponse): « objets inanimés, avez- vous donc une âme »? Oui, et les robes -qui valsèrent et se transmirent de mains en mains,  ces mains qui les caressèrent, et murmurèrent dans leur  frou-frou  des secrets  qui ne se sont pas tus, –  et les robes ô combien, ont une âme, n’est -ce pas mes soeurs?.