La robe mémorielle suite, à propos du titre d’hier: « devoir de mémoire »

Le titre précédent m’était venu comme ça, sorte de cliché automatique, mais il me chiffonnait, et je craignais  que quelqu’une le commente à juste titre ; je pensais à la citation d’Ibsen: « Devoir, ah! Je ne puis souffrir ce vilain mot, cet odieux mot ! Il est si pointu, si aigre, si froid. Devoir, devoir, devoir! On dirait des coups d’épingle! »

Des coups d’épingles, d’aiguilles, de crochet,  et de tout le bataclan des couturières..……….disons-le tout net, je n’aime pas non plus ce mot, dans ce contexte-là: j’ai unpeu freiné face à mon projet de narration textile, mais j’ai aussi éprouvé du plaisir, je me suis lancé un défi, et j’ai aimé le processus de création tout autant que le résultat. En écrivant monprénom, ceux de ma lignée, j’étais en Paix, je me sentais guidée, jen’étais pas seule…. des femmes aimées m’accompagnaient.

Je parlerai plus tard de ces fils libres; si le projet a pour nom « Peaux d’âmes », c’est que la robe -parure de fêtes et de bals- fut faite, portée, aimée, caressée  puis brodée par plusieurs d’entre nous; les rêves s’y sont tramés avec le fil qui la constitue.

Le sous-titre « Anna- Chronique », jeu de mots entre l’adjectif  et le prénom de ma fille Anaïs, 4° génération, celle qui fut à l’origine du projet. Vous semblez ne pas me croire, mais mine de rien, l’assemblage se fait,l’histoire  avance, se dé- voile,…… ce tissu léger  qui masque sans masquer…

Le devoir de mémoire (robe mémorielle 2)

Me voilà en train de raconter une histoire familiale, moi qui ai prévenu que je ne voulais pas étaler ma vie privée;  croyez-bien que je le fais le plus discrètement  et pudiquement possible,  de façon à ce que vous compreniez ce que je veux raconter. Toujours le souci de transmettre et partager.

Peut-être avez-vous vous-même  constaté ce fait : Nos proches ne s’intéressent pas ou n’aiment  pas toujours ce que nous faisons. Le sachant fort bien, j’ai demandé à une de mes filles ce qu’elle aimerait particulièrement recevoir de moi; elle eu cette réponse étonnante (digne du Coeur cousu de C.Martinez qu’elle n’a lu que tout récemment !!) »une robe, une robe ancienne qui me parlerait de toi, de ma grand-mère , des femmes de la famille……… » J’ai eu une tante morte très jeune (et qui laissait un petit garçon , mon cousin); elle a eu 18 ans entre les années 30 et 40, elle sortait beaucoup, sa maman avait une couturière (pensez: 2 filles à habiller!) mais elle-même cousait et brodait (c’est elle qui m’a appris!) Donc, ma grand-mère probablement fit un jour une belle robe de taffetas ivoire, longue et décorée de 2 grands rubans froncés en bas de jupe (bandes en  en « ruché ») , de tout- petits boutons devant, une fermeture cachée derrière,  et « en forme » pour mieux tourner quand sa fille dansait.

Un jour, la danseuse aux yeux clairs les ferma pour toujours,la robe fut remisée par sa soeur (ma mère)  et par sa mère (ma grand-mère, vous me suivez?) Le temps s’écoula, la robe dans du papier de soie ne bougea pas. Un jour, j’eus 18 ans. Dans les années 70 et des poussières , on continuait à mettre des robes longues parfois, et je portais la robe qui m’allait très bien. Je la mettais pour me déguiser, pour des jeux de rôle, jouer la comédie….Cela dura un temps, la robe se fatigua de faire la folle et la fête, et moi de la mettre; je la rangeais.

Nous la retrouverons demain…………si vous le voulez bien

Dans ce 2° aperçu de la ceinture, les fleurs (marguerite au ruban et fleur-yoyo), le « bouquet de noeuds » sont inspirés du livre 4 de L.Stansal (carnets cousus) La « fleur » rouge est réalisée au point indien « Chémanthy », une sorte de point crétois. Une des fleurs est faite avec un ruban de tulle que j’ai moi-même découpé dans un métrage, ce n’est pas si difficile que ça! Les mouchoirs étaient tous à  ma mère.

Photo 2: à gauche, (infime morceau de la robe)ma maman, Margot, à doite ma maman et sa soeur Jeanne. vous allez voir: petit à petit, le puzzle va se mettre en place…………..

Merci à celles qui  s’intéressent  à cette histoire, qui me laissent des commentaires, et m’envoient des mails; cela me soutient  dans ma tentative narrative de remonter le courant de nos vies!

Je réponds sur la page des commentaires à ceux qui me sont laissés; si je raconte cette histoire, c’est que je crois que nous pouvons toutes avoir un projet semblable et ainsi renouer les fils du temps, et nous réconcilier avec notre héritage.