La robe mémorielle 10

Le devant est terminé.  Ce qui se faisait au pas lent de la brodeuse, le parcellaire a fini par faire un tout, ou un demi tout………..Sur la manche, un bracelet au crochet, réalisé dans une sorte de cordelette armée, est appliqué . Ma mère l’a beaucoup porté, moi aussi avant qu’il ne s’abime.

Les dahlias dont nous avons parlé sont au dos de la robe, mais derrière, il y a beaucoup d’autres choses. A bientôt pour les découvrir…Si j’ai montré avant les dahlias, c’est à cause du surnom « Reine des dahlias » noté au devant……..Cette robe, c’est un tout, c’est un monde, c’est une famille, c’est une généalogie féminine.

Un peu partout, vous remarquerez des fils qui « pendouillent »; ce n’est -bien sûr, pas un oubli; il ne nous appartient pas de couper ce qui nous relie, ce qui donne du sens au texte,prétexte………….textile. (Et allusion aux Moires -ou Parques-, à Atropos qui coupe le fil et qu’on appelle « l’implacable », surnom terrible qui évoque la mort dans ses figurations les plus réalistes). Car en travaillant sur cette robe, je tente de nier la disparition de ces 3 femmes: ma grand-mère qui cousut la robe, ma tante qui la porta, ma maman si fière de faire en quelque sorte revivre sa soeur aimée trop tôt disparue……Faire revivre, c’est encore créer. C’est tenter  d’oublier l’évidence de la mort. Je vous assure qu’en brodant sur cette robe, je me sentais infiniment entourée et aimée de celles dont je raconte l’histoire; en tout cas, j’étais en lien, unie, réunie. Je tenais l’aiguille,mais j’étais guidée, par mon affection et par le lien familial et tendre lui-même. Ce projet dont ma fille fut l’initiatrice, m’a permis  d’exprimer ma  souffrance (celle de leur départ) que ja gardais au fond de moi; elle a scellé une sorte de réconciliation de ce que je suis avec ce que je parais. j’ai retrouvé ma sincérité, ma cohérence, et j’ai accepté l’idée que c’était à moi de relier affectivement mes filles et petites-filles avec mes mère et grand-mère; je suis une sorte de charnière entre 2 mondes, j’opère le passage.

 

NB: plus haut j’écris: » il ne nous appartient pas de couper ce qui nous relie »; or je tombe à l’instant ces lignes gardées dans mon « carnet de méditation: « Enfoncer une iguille e titrer le fil (..) aller plus loin que le silence, entrevoir le secret.Ecrire sans mots et sans sons. Le fil ne se coupe pas, il relie: il enveloppe l’absolu » . Revoilà le texte lié au textile! (Polline, attention aux ciseaux que tu as dit porter pour couper les filets qui pouraient  t’enserrer….!)

Lignes de S.Baron Supervielle

En gros, il y aura 5 ou 6 articles sur le dos de la robe; mais je voudrais vous remercier toutes pour la justesse, la pertinence de ce que vous m’avez dit, de ce que cet « héritage recréé » a suscité en vous comme réflexions sur la vie, la mort, la transmission, le textile. Certaines idées cheminent…….Et vous allez être déçues quand, la séquence sur la robe achevée, je papoterai  ensuite des mille riens textiles qui me filent entre les doigts, mes bidouillages incertains….Voilà où j’en suis: me dire qu’on ne peut pas  rester au même niveau tout le temps, parfois, on chûte, parfois, on remonte, les montagnes russes de la vie….mais vivre une belle histoire ensemble, c’est déjà une entente, déjà une aventure, déjà  une réussite!! Aussi, merci de tout coeur déjà,  pour ce bout de chemin parcouru ensemble!!

Détails du devant de la robe

Arbres aux yeux de soleil

 

« Je ne puis regarder une feuille d’arbre sans être écrasé par l’univers »

C’est V. Hugo qui l’écrivait, mais je n’éprouve pas ce sentiment (non, on ne peut pas contester le grand Victor?) au contraire, voir un arbre, une feuille, c’est le sentiment de la puissance, mais aussi de la légèreté.

Clairière

Au cours des articles précédents, nous avons déjà beaucoup parlé de l’arbre, thème inépuisable. Aujourd’hui donc, petite pause avant de retrouver la robe de mémoire. C’est bien de ne pas rester cloisonné dans une séquence, fût-elle de taffetas, agréable de tendre des passerelles de fils d’un centre d’intérêt à un autre, de tricoter des liens et  marcher en équilibristes sur ces rubans tendus .

Sur la 1° photo, des arbres que j’ai brodés – ajourés (inspirés d’un patron de Sttich magazine, j’ai fait ce modèle deux fois, La 1° était plus réussie, mais je les ai offerts sans en conserver le souvenir photographique)

Rêverie

La 2° illustration, un paysage que j’ai cousu et rebrodé; le tronc, les branches sont en piqué libre et bourdon-machine, les feuilles au point de Vierge; ce que j’aime dans ce paysage, c’est qu’une partie du tableau s’échappe de son cadre, j’ai souvent créé ce genre de tableau; « Si vous êtes sages« , vous en verrez un jour l’un ou l’autre………..

Et, pour finir, une belle métaphore dont J. Renard était gourmet et qui montre à quel point l’arbre est vivant:

«L’arbre : son ombre lui fait une queue de paon qui ouvre et ferme ses yeux de soleil selon que le vent agite leurs paupières, les feuilles»

 

Rappel: en principe, pour n’oublier personne, je vous réponds sous votre commentaire. Merci encore! C’est cdoux de sentir qu’on n’est pas seule!!