Arbre dans sa plénitude bruissante de vie (La robe mémorielle 4)

Feuilles donc  à moitié brodées et qui se détachent du tronc, petites fleurs de guipure découpées dans un ancien chemisier maternel tout jauni, photos imprimées sur tissu et rebrodées, une histoire narrée à tout petits pas, des dates, des prénoms, des surnoms, des sourires: ceux de 5 générations de femmes: ma grand-mère, ma mère, moi-même, mes 2 filles, la fille de l’aînée de mes filles. C’est peut-être à elle que reviendra la robe si jamais la cadette pour qui j’ai réalisé ce projet n’en avait pas. Sinon sa filleule que vous verrez plus loin, pour une autre raison; elle figure sur la robe… Quant aux surnoms, l’un compte: celui de ma maman que j’avais sacrée « reine des dahlias » car c’était son péché mignon, eux qu’elle aimait par-dessus tout et collectionnait; retenez-le; vous verrez plus tard  que je l’ai illustré.

A noter que  chaque femme des 4 premières générations, a eu une soeur.Pour la technique, l’écriture brodée est faite de points droits lacés (ou sujetés), c’est le plus joli; parfois de points de lingerie tout simples; enfin, lorsque la citation ou la chanson est longue,le texte est écrit au stylo textile indélébile (les quilteuses du XIX° siècle aux USA en usaient déjà).

« Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut » écrivait le poète du sud, Mistral; L’arbre de soie (et de soi!) part du sol et monte jusqu’à la ceinture,il s’élargit, improbable et magnifique; derrière moi, viennent  deux filles souriantes et épanouies,  et, déjà, deux petites- filles encore, allègres, espiègles, tendres  et aussi libres et pleines de  promesses qu’on peut l’être aux aurores d’une vie.

A bientôt, mes amies, mes soeurs et confidentes!

A la recherche de ce temps que je croyais perdu…

La robe mémorielle 3:

Résumé des épisodes précédents: Donc, la robe fut rangée et oubliée; ma fille me demanda de raconter 4 générations de femmes sur une robe. (non pas pour la porter -et bien qu’elle y rentre-, mais comme « installation » et support mémoriel) .

Je la cherchais longtemps, en vain; le grenier avait été modifié, chamboulé; la « grande tempête » était passée par là, fichant le bazar dans une maison ancienne qui tremblait sous les coups de boutoir du vent déchaîné. Je pensais trouver un autre support, mais au fond de moi, c’est justement celle- là que je voulais. Cette belle robe pleine de sueur, d’amour, de rêves enclos, de vie enfuie et qui ne demandait qu’à revivre .L’idée -enfin!-vint…et je la retrouvai, non changée; je l’étais bien davantage!. Il manquait la large ceinture, mais elle était là, vibrante; jepensais à celle qui l’avait portée, à sa soeur, ma maman qui jamais n’oublia sa « Jeannette », à ma grand-mère qui avait revécu sa jeunesse en voyant ses deux filles, étourdies de bal, grandir et devenir des femmes.Lavage à l’eau froide. Des taches restaient. Un beau jour de la fin du printemps 2010 (il fallut 8 bons mois pour aller au bout du projet!) la robe fut étalée sur la pelouse fraîche, et je dessinai sur le devant un grand arbre en hiver que je peignis à la peinture textile; juste les branches.Lorsque ce fut sec et fixé, dans un taffetas plissé-froissé, j’appliquai un tronc que je rebrodai; les branches furent ornées de multitude de feuilles découpées dans des chutes de coton vert, appliquées partiellement pour « décoller » du support, et avec des points variés: festons, tige, chevron, crétois…….(j’ajoute au sujet des tissus, que je couds uniquement ou presque avec mes réserves, j’habite loin d’une grande ville, j’ai donc pour habitude de « faire avec ce que j’ai » et d’utiliser mes réserves; je vis sur un tas de chiffons, mais pour moi, c’est un vrai trésor! C’est aussi une habitude et c’est devenu une démarche créative)

Petit arbre deviendra grand

Hommages: La prochaine fois, vous verrez l’arbre en entier; je regrette de n’avoirpas pris de photos lors de l’évolution du travail, j’étais toute dans le « faire ». Et je me trimballais avec un grand sac pleins de bouts de tissus, de souvenirs, de perles…….de notes griffonnées, de citations sur l’arbre, les femmes….En moi aussi, ce qui m’avait nourri depuis longtemps: le travail de Polline Moineau ( blog: Le curieux petit lieu) et celui de Marie- France Dubromel (blog: La mercière ambulante) deux filles qui parlent des femmes, du tissu, de l’écriture, deux univers qui me touchent et me « parlent », deux univers d’ailleurs différents. Quant aux autres, SVP, ne vous froissez pas; j’ai le coeur large et aime bien d’autres gens, blogs et oeuvres; simplement, celles-ci font ce que j’ai eu plaisir à faire dans ce projet -là, il y a une parenté, un fil tendu entre elles et moi et je marche sur ce fil, funambule…avec le risque de me casser la figure par rapport à ce que j’aime tant chez elles. Je n’ai pas voulu non plus les copier; ce que me demandait ma fille était personnel et répondait probablement à une envie et une nécessité intimes. Demande particulière, réponse originale, avec mes moyens et surtout avec ce que je voulais et avais à dire.

Auprés de mon arbre, je vivais heureuse